On en parle....

Madame bout-de-bois fait son chemin...

 

 

 

LE POULAILLER

16 novembre 2017

By Frédérique Maréchal et Patrice Poingt

Jusqu'au 25 novembre 2017, si vous souhaitez vous extraire de la grisaille ambiante, courez à la Galerie de Louise (Les Ateliers de Louis au 12 rue Louis Pasteur) pour y découvrir la nouvelle exposition intitulée « Figures du monde sauvage » de Chrystèle Régnier et de Delphine Tréhard alias Madame Bout-De-Bois. Entre imagination et réalité.

 

[……] C'est cette même inquiétante étrangeté que Delphine Tréhard fait surgir de ces morceaux de bois ramassés en forêt. Ce bois que l'on croyait mort recèle des formes que la sculptrice fait apparaître ou quelquefois se contente de révéler en intervenant de façon minimaliste.

Ce monde sauvage est un monde d'esprits : esprits des hauts plateaux de l'Arizona ou des forêts finistériennes, esprits qui hantaient notre enfance et que l'on croyait avoir oubliés.

Inquiétante étrangeté

Si Chrystèle Régnier fait explicitement référence à Jung, c'est à Freud que nous pensons en découvrant le travail de Delphine Tréhard et à son concept d'inquiétante étrangeté. Le mot (Unheimlichkeit) désigne ce moment où le plus familier se tourne pour devenir étrange, distant, étranger et peut-être inquiétant. Ces bout de bois ne sont rien – rien à quoi nous prêtions attention. D'ailleurs, certain sont là, dans un coin de la pièce, comme remisés. Des morceaux de bois mort qui n'ont rien de particulier. D'autres auraient pu faire l'affaire. C'est le matériau brut qui est là comme témoin de ce qu'est le geste artistique. Et puis il y a les "sculptures" sur les présentoirs. Ce sont d'autres bout de bois. Ceux-ci ont été choisi pour leurs formes évocatrices : un oiseau, un enfant effaré, une sphinge, un homme qui marche... On devine le geste de la sculptrice comme minimaliste : il ne s'agit pas de forcer le matériau en lui imposant une forme, mais de dégager une forme déjà présente. La sphinge était déjà là dans le bout de bois, les ailes en arrière, le buste penché. Il suffisait de gratter, d'ôter un peu l'écorce, de dégager la tête, de tailler légèrement le pied, et elle apparaissait, énigmatique et inquiétante. L'homme qui marche - et d'ailleurs marche-t-il ou est-il simplement penché en avant comme en déséquilibre ? – a bien été sculpté dans le bois, mais ce qui absorbe l'attention, c'est l'œil du marcheur, et c'est œil était déjà là, dans le bois, avant tout travail de taille. C'est l'œil qui a commandé la forme du personnage, et c'est l'œil que l'on voit – parce qu'on ne sait pas ce qu'il regarde, parce qu'il est glauque et qu'il nous trouble. L'enfant effaré – comme dans le poème de Rimbaud "noir dans la neige et dans la brume" – semble à peine travaillé. A-t-il fallu creuser ces deux yeux ronds, cette bouche bée et ces mains jointes ? Le lichen est encore accroché à l'écorce, sur le corps et sur la tête. Petit santon des forêts à la fois inquiet et inquiétant, peut-être suffisait-il de le ramasser pour le poser là sur son socle.

 

 


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© Delphine Tréhard